Entretien avec Pearl Eliadis

Q : À quoi ressemble votre quotidien ?

R : Mon temps est essentiellement réparti entre les différents dossiers dont je m’occupe. J’effectue du travail de consultation pour différents clients au Canada et à l’étranger, et je suis également impliquée dans des dossiers pro bono.

Dans cette dernière catégorie, je travaille avec l’ONG The Equality Effect, en collaboration avec une équipe d’avocats kenyans, sur la lutte contre l’impunité pour des violences sexuelles perpétrées contre les femmes et les enfants. Nous cherchons à élaborer une stratégie nationale en collaboration avec des avocates africaines et des spécialistes d’autres disciplines visant à exiger du gouvernement national kenyan qu’il entreprenne des actions contre les personnes qui commettent des actes d’agressions sexuelles contre des femmes et enfants (projet « 160 Girls », ww.theequalityeffect.com).

J’ai aussi réalisé récemment une étude internationale sur le thème du droit des femmes et de l’égalité pour l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE). L’étude porte sur la capacité des institutions nationales de promouvoir les droits des femmes et implique, pour le moment, une étude comparative de dix-huit pays.

Q : Quel aspect de votre travail préférez-vous ?

R : Tous! (rires). J’aime surtout le fait qu’en travaillant à mon compte, je bénéficie d’énormément d’autonomie et de liberté, puisque je choisis moi-même mes dossiers selon mes intérêts et mes disponibilités. En travaillant de la maison, j’ai aussi suffisamment de flexibilité pour atteindre un équilibre entre travail et famille. Étant donné que je fais partie de deux consortia internationaux, en Éthiopie et en Afrique de Sud, j’ai également la chance de collaborer avec des collègues de partout dans le monde, ce qui est très stimulant.

Q : Quels conseils donneriez-vous à un étudiant qui souhaite entreprendre une carrière en droit à l’international ?

R : Ayant moi-même pratiqué plusieurs années dans un grand cabinet montréalais, j’estime qu’un passage par la pratique privée est très formateur. Cela m’a permis d’acquérir une excellente base dans plusieurs domaines du droit et de faire de moi un meilleur juriste. À mes yeux, il est utile de s’être familiarisé avec plusieurs domaines du droit, que ce soit en droit des contrats ou en droit des successions, pour aller jusqu’au bout des questions juridiques, et ce, quelles qu’elles soient.

Pratiquer en droits humains suppose, comme dans toutes les branches du droit, d’avoir une bonne vision globale du droit, de fortes capacités d’analyse et aussi une fine compréhension des principes généraux qui sous-tendent les systèmes juridiques. Du point de vue professionnel, mes années de pratique privée ainsi qu’une expérience dans la fonction publique m’ont certainement donné une meilleure crédibilité quand j’ai voulu faire mes armes sur la scène internationale. Je dois aussi dire que ma double formation en droit civil et common law me donne une plus grande aisance à manier les différentes traditions juridiques.

De manière générale, j’encourage les étudiants à s’impliquer, à s’engager dans différents projets bénévoles et dans les cliniques juridiques durant leurs études, et se tenir au courant de l’actualité internationale pour bien comprendre les enjeux. Il y a une panoplie de programmes de stages et de cours d’été qui sont offerts, et notamment à McGill. Il ne faut pas avoir peur de tracer son propre chemin. Par ailleurs, pour ceux qui songent travailler pour les Nations unies, les études supérieures sont certainement un atout, voire un pré-requis dans certains cas.

Pour ma part, le saut à l’international a été facilité par le fait que j’étais activement impliquée dans le milieu des droits de la personne en siégeant sur le conseil d’administration d’Équitas parallèlement à ma pratique en cabinet.

Q : De quel accomplissement êtes-vous la plus fière ?

R : Je garde un excellent souvenir d’un dossier sur lequel j’ai travaillé en 2007 pour le compte de l’Union européenne. Le client a commandité une étude juridique sur le conflit au Sri Lanka et le degré de conformité du comportement du gouvernement sri lankais avec les normes internationales en matière des droits de la personne (principalement les droits civils et politiques). J’ai séjourné dans ce pays pendant plusieurs semaines afin de rencontrer toutes les parties prenantes, y compris des membres de la Cour suprême, les défenseurs des droits de la personne, les hauts fonctionnaires, et les membres du Barreau. C’était une immersion totale, une expérience extraordinaire. Même si je ne pourrais pas discuter de mes conclusions, ce travail était très réussi, nonobstant une opposition importante à mon travail par certaines personnes et acteurs institutionnels au pays.

Pearl Eliadis Diplômée des universités McGill et Oxford, Pearl Eliadis dirige son propre cabinet à Montréal, voué exclusivement aux droits de la personne, à la gouvernance démocratique et aux institutions nationales. Parmi ses clients figurent des institutions nationales, les Nations unies, la Commission européenne, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe, des consortia internationaux et des organisations non-gouvernementales (ONG). Détentrice d’un double diplôme en droit civil et common law, Me Eliadis a poursuivi ses études supérieures à l’Université d’Oxford. Elle compte près de vingt ans d’expérience dans les dossiers reliés aux droits de la personne et aux institutions nationales, ainsi qu’à la gouvernance et à la politique publique. Elle a travaillé pendant plusieurs années auprès d’organisations non gouvernementales, ainsi que de commissions et tribunaux des droits de la personne, tant au Québec qu’au Canada. Elle a été présidente de l’ONG Equitas (alors la Fondation canadienne des droits de la personne) durant cinq ans. Equitas a reçu le prix québécois de la citoyenneté 2009 (catégorie Anne-Greenup pour la lutte contre le racisme). Me Eliadis a aussi siégé comme conseillère principale et à la haute direction de plusieurs institutions nationales de droits de la personne, y compris à la Commission ontarienne des droits de la personne et à la Commission nationale des droits de la personne du Rwanda. Elle a également œuvré avec d’autres institutions telles que des tribunaux des droits de la personne (Québec), les bureaux du protecteur du citoyen (Éthiopie) et des commissions de l’unité et de la réconciliation en Afrique et en Asie. Elle a travaillé notamment au Népal, en Éthiopie, au Tadjikistan, au Timor-Oriental et au Sri Lanka. L’engagement social de Me Eliadis a été récompensé par plusieurs prix et distinctions, notamment la Médaille commémorative du 125e anniversaire de la Confédération du Canada. Elle est Lauréate des Femmes de mérite (Montréal, 2006) en reconnaissance de ses contributions communautaires au Québec et outre-mer, et fut enfin désignée Femme de l’année 2009 par le Conseil montréalais des femmes. Legal Frontiers lui a posé quelques questions sur sa pratique.

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